Le nucléaire, comme les gaz de schiste, empêche la nécessaire transition énergétique

Article paru dans le Picodent n°8, le journal des Alternatifs Drôme/Ardêche, en Juin 2011.

L’engagement de nos gouvernements depuis 60 ans dans le nucléaire pose de multiples questions d’ordre démocratique, environnemental, social, économique. Outre les énormes risques inhérents à la nature même de l’énergie nucléaire,  comme le montre tragiquement la catastrophe toujours en cours de Fukushima au Japon, le nucléaire empêche par ailleurs la nécessaire transition énergétique que nous devons engager dès maintenant.

Un problème psychologique de l’oligarchie pour remettre en cause la politique du « toujours plus »

Le choix du « tout électrique, tout nucléaire »  a été historiquement fondé sur des prévisions d’une augmentation massive de la production d’électricité. La planification du programme nucléaire français dans les années 70 s’est ainsi basée sur un doublement de la consommation électrique tous les 10 ans ! Malgré une revue à la baisse très nette de ces prévisions par la suite, nos gouvernements successifs ont toujours refusé de renoncer à une partie de leur programme, conduisant à la surcapacité nucléaire qui perdure de nos jours. Aujourd’hui comme hier, c’est ce dogme du « toujours plus » de consommation et donc de production qui continue de hanter les esprits de notre oligarchie énergétique, au premier rang de laquelle se trouve le corps des mines. Alors que le pic pétrolier et les récentes flambées du prix de l’uranium auraient dû leur ouvrir les yeux et les inciter à changer radicalement de politique énergétique, on assiste au contraire à une véritable fuite en avant. Au lieu de favoriser la prise de conscience de la limite des ressources énergétiques de notre planète et du gaspillage indécent de nos sociétés occidentales et d’en tirer toutes les conséquences, les pouvoirs publics entretiennent l’idée que nous trouverons toujours une solution technique à nos problèmes énergétiques, à commencer par le nucléaire.

Des choix politiques aux conséquences majeurs

Cette incapacité chronique à pouvoir imaginer un avenir avec moins de besoins en énergie a conduit logiquement le gouvernement actuel à des mesures qui nous éloignent chaque jour un peu plus de la sobriété énergétique : construction d’un premier puis second EPR, illusion de la maîtrise de la fusion nucléaire avec ITER, ou encore les récents espoirs d’exploitation des gisements potentiels de gaz de schiste. Ces choix politiques majeurs sont malheureusement incompatibles avec un engagement clair dans les seules solutions réelles détaillées dans le scénario negaWatt, avec, par ordre de priorité : la sobriété énergétique, l’efficacité  énergétique et le développement des énergies renouvelables. Les milliards d’euros consacrés aux EPR ou à ITER sont autant de moyens en moins qui n’iront pas à l’isolation des logements ou aux recherches sur les énergies renouvelables, pour ne citer qu’elles.

Une conversion écologique de l’économie retardée

Outre ses conséquences sur notre avenir énergétique, le choix stratégique du nucléaire a également des effets désastreux sur la politique de l’emploi dans notre pays. Alors que la catastrophe nucléaire de Fukushima a mis un coup d’arrêt à la soi-disant « relance » du nucléaire au niveau mondial, la France reste bien à la traîne de ses partenaires européens en termes d’emplois « verts » créés. Alors que l’Allemagne a déjà créé plusieurs centaines de milliers d’emplois dans le secteur des énergies renouvelables, la France vient de sacrifier récemment sa filière photovoltaïque naissante sur l’autel de la rigueur budgétaire.

Les gaz de schiste, un autre frein à la transition énergétique

De la même façon que le « tout nucléaire » empêche toute réduction substantielle de la demande en électricité, la potentielle exploitation des gisements de gaz de schiste aurait fatalement le même effet sur la demande en énergie. Elle ferait ainsi baisser le prix du gaz, handicapant par ailleurs d’autant le développement des énergies renouvelables. L’exploitation des gaz de schiste aux Etats-Unis a ainsi déjà causé une baisse de 50% des investissements dans les énergies renouvelables, comme le solaire et l’éolien.

En résumé, il apparaît aujourd’hui indispensable de reconnaître que la poursuite du développement du programme nucléaire ou l’exploitation d’hydrocarbures non conventionnels dans notre pays nous empêcheront de changer de paradigme énergétique. Une fois ce verrou psychologique sauté, il ne nous manquera plus que la volonté politique pour s’engager collectivement dans un programme de transition  énergétique, aussi ambitieux que nécessaire, et bénéfique à tous points de vue. Une perspective autrement plus réjouissante que les pénuries qui s’annoncent si nous ne changeons pas de politique !

Yann Louvel

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Citoyen du monde
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Un commentaire pour Le nucléaire, comme les gaz de schiste, empêche la nécessaire transition énergétique

  1. JeanDe dit :

    cool premier article, qui donne le ton…

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