Débat sur la transition énergétique : ça promet!

Le débat sur la transition énergétique des prochains mois va être intéressant à suivre, mais pas forcément d’un très haut niveau… C’est ce que laisse penser une petite revue de presse des réactions à la nouvelle sortie d’Arnaud Montebourg sur le nucléaire « filière d’avenir », après celle sur les gaz de schiste il y a quelques semaines. On admirera au passage l’agilité intellectuelle d’Arnaud Montebourg qui évolue très vite sur les questions énergétique (gaz de schiste ici et nucléaire là).

Quand tous les journaux nationaux ou presque titrent sur le sujet, on s’attend à un minimum de mise en contexte et d’explications, mais ce n’est pas vraiment ce qui ressort de la lecture des articles en question. Sur 5 journaux (Le Monde, Libération, Le Figaro, Les Echos et Aujourd’hui en France), seul Libération donne une des clés de compréhension du débat sur l’énergie : l’importance du niveau de la consommation d’électricité dans l’objectif de réduction de la part du nucléaire de 75% à 50% dans la production d’électricité d’ici 2025. Car 50% de quoi??? C’était l’objet de cette excellente tribune de Benjamin Dessus dans Politis, « Changer d’ère / L’entourloupe nucléaire de Hollande« , il y a un an.

Et en fonction de là où on met le curseur et des efforts sur la réduction de la consommation d’électricité, ça ne donne pas tout à fait la même chose : si on continue sans rien faire et que la consommation augmente, il suffit de fermer Fessenheim et Tricastin et le tour est joué! (385TWh de production nucléaire) Si l’on met ENFIN l’accent sur les économies d’énergie en commençant par la fin du gaspillage à outrance, et qu’on développe VRAIMENT les renouvelables, c’est alors la moitié des centrales qui doivent fermer, pour la même proportion de 50% en 2025! (260TWh de production nucléaire). Et c’est bien cette seconde option qui figure dans l’accord PS-Verts de novembre dernier.

Il fallait donc acheter Libération ce matin pour y lire dans cet article de Coralie Schaub la réaction de Delphine Batho, qui n’est citée que dans ce journal, qui met la priorité d’abord sur le débat sur le niveau de cette consommation d’électricité, AVANT de parler de la question de la production. Le débat sur la transition énergétique ne sera vraiment utile que si cette base devient élémentaire et est assimilée par tous les journalistes et les acteurs du débat politique. Ça n’a malheureusement pas été le cas il y a un an au début de la campagne des présidentielles, ni d’ailleurs pendant malgré les rapports de l’ASN et de la Cour des Comptes, espérons que ce soit enfin pour cette fois!

Car il y a du boulot, même à Libération où en page 5 Sylvestre Huet, le journaliste de Libération, contredit dans cet article sa consoeur deux pages plus tôt en ayant le mauvais réflexe de parler du « remplacement » du nucléaire par le gaz ou le charbon, oubliant le « remplacement » par RIEN (gisement d’économies d’énergie énorme) et par les renouvelables, qui sont déjà ou seront à brève échéance plus compétitifs que les sources d’énergie fossile.

Intéressant également de remarquer que la sortie du nucléaire n’effraie plus l’éditorialiste des Echos David Barroux, contrairement à ce à quoi on pouvait s’attendre. On notera enfin la meilleure réaction de Claude Bartolone, président socialiste de l’Assemblée Nationale, toujours dans les Echos, qui parle de l' »avenir » du nucléaire dans la filière du démantèlement. Si tous les socialistes pouvaient s’y mettre…. Il y a en effet plus de 400 centrales à démanteler dans le monde, un marché un peu plus important que celui des EPR! Une occasion unique de réparer l’erreur historique de la France pour cette énergie, qu’elle n’a pas finit de payer.

Comme le souligne Agir pour l’environnement, Arnaud Montebourg a raison de parler d' »avenir » pour le nucléaire puisque nous devrons surveiller les déchets nucléaires pendant des millénaires, la demi-vie du plutonium dont nous produisons plusieurs dizaines de kilos chaque jour en France étant de 24 000 ans. Ma génération et les suivantes compteront les centaines de milliards que va coûter la gestion de l’héritage nucléaire dans les prochaines décennies, car c’est nous qui allons payer l’inconséquence et l’irresponsabilité de toute une génération d’hommes politiques de droite comme de gauche qui nous ont embarqué et maintenu dans ce bourbier, et qui maintiennent un prix de l’électricité qui n’a rien à voir avec son coût réel. Souhaitons leur une looooooongue vie pour qu’ils puissent voir de leurs propres yeux l’étendue de leur erreur, et qu’on puisse leur rappeler leur responsabilité dans la gabegie à venir. Une responsabilité qui leur explosera à la figure bien avant cela en cas d’accident majeur sur notre territoire…

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A propos Yann Louvel

Citoyen du monde
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