Le nucléaire à l’agonie!

Deux ans déjà depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima! Qui est très loin d’être terminée sur place comme continue de nous l’apprendre périodiquement la CRIIRAD, qui révèle l’abandon incroyable des populations locales autour du site sinistré par l’Etat japonais à leur triste sort, alors que nombre d’entre elles devraient être immédiatement déplacées pour protéger leur santé!

Deux ans et les questions fondamentales sur le nucléaire qui commencent enfin à émerger dans les médias. Le Journal du Dimanche publie aujourd’hui le « scénario noir » de l’IRSN de l’impact économique maximal d’un accident nucléaire majeur en France, estimé en 2007, attention, tenez-vous bien : 5 800 millards d’euros, soit trois années de PIB! Ca c’est pour la fiction mais on y apprend aussi que Jacques Repussard, de l’IRSN, estime que la catastrophe de Fukushima coûtera 1000 milliards d’euros, ça c’est pour la réalité! Et encore le rapport ne prend-il en compte que l’impact sur les zones rurales et aucune zone urbaine touchée. On n’ose imaginer le chiffrage d’une évacuation de l’Ile-de-France si par malheur les vents allaient dans le mauvais sens. Car à Fukushima, les vents ont eu la bonne idée d’aller dans le bon sens, repoussant 80%  des déchets radioactifs vers l’océan. Les vents auraient été vers le sud et c’était Tokyo, mégalopole de près de 40 millions d’habitants, qui aurait pu être rayée de la carte, pour un coût légèrement supérieur à 1000 milliards d’euros…

Mais ce qui est intéressant dans les études de l’IRSN sur le sujet, c’est de constater que la majorité des coûts d’un accident majeur ne provient pas des territoires contaminés eux-mêmes (sauf en cas de zone urbaine non encore analysée donc!) mais des effets économiques « indirects » de la catastrophe, sur l’atteinte de l’image de marque du territoire et la baisse des exportations. Inutile de faire un dessin sur la déflagration économique que constituerait un accident nucléaire majeur sur notre territoire, la France étant le premier pays touristique au monde avec plus de 60 millions de touristes par an, et le 3ème pays exportateur de denrées agroalimentaires, notamment issues de notre patrimoine culturel comme le vin ou le fromage. Même si les vents avaient aussi la bonne idée d’aller le bon sens ici, on peut imaginer que l’impact économique indirect d’une telle catastrophe serait MO-NU-MEN-TAL!

Nuke le monde

Autre question fondamentale à se poser en une du site du Monde.fr : l’impact sociétal immédiat d’une telle catastrophe. Antonio Pagnotta apporte un début de réponse dans sa tribune du jour dans le Monde « Un accident nucléaire, c’est la fin de la démocratie« . Au programme : effondrement de l’Etat, verrouillage de la zone rouge pour éviter la propagation de la contamination, loi martiale sur la région pour éviter les pillages, censure sur l’information pour éviter la panique. Je partage totalement son analyse que « Les Français sont plus « subversifs » que les Japonais qui n’ont jamais pris une seule Bastille ». On peut se douter qu’en cas d’accident majeur les notables nucléocrates locaux (préfet, députés, sénateurs…) seraient assez rapidement livrés à la vindicte populaire, nécessitant une protection personnelle par l’armée qui aura déjà à gérer la panique sur les routes, immédiate.

Il ajoute que « L’Etat serait alors pris en étau entre risques de faillite et chaos social, et n’aurait d’autre solution, pour survivre, qu’appliquer les drastiques et cruelles normes sanitaires imposées à Fukushima. » puis « Les populations irradiées seraient abandonnées à leur sort, c’est-à-dire que, face aux radiations, elles n’auraient d’autres recours que l’autoprotection. » Réjouissante perspective pour nous qui nous trouvons entre les centrales de Cruas, du Tricastin et de l’usine FBFC de Romans… et excellente raison pour se mobiliser pour la fermeture de ces centrales tant qu’il en est encore temps.

Avec la belle chaîne humaine d’hier à Paris qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes autour des « lieux de pouvoir » du nucléaire, tout comme au Japon et un peu partout dans le monde pour ce deuxième anniversaire. Et les signes d’évolution dans le secteur du nucléaire sont plus qu’encourageants comme le résume la revue Silence à sa une pour illustrer son dossier sur le nucléaire : « L’agonie du nucléaire ». Car ce n’est pas à cause de la sûreté que le nucléaire est en perte de vitesse, même si Fukushima n’a pas arrangé ses affaires, mais pour des raisons purement économiques que l’on peut résumer par la formule « le nucléaire, c’est la ruine! ». Il n’a qu’à voir les conditions qu’exige EDF pour construire de nouvelles centrales au Royaume-Uni et les réticences du gouvernement britannique pour comprendre que cette filière n’a aucun avenir, à part peut-être en Chine, comme le confirme cet article du jour des Echos. La construction de nouveaux réacteurs coûte horriblement cher, dure des années pendant lesquelles le cadre réglementaire peut être modifié.

410web

Pour en savoir plus sur ces sujets, je vous invite à écouter la dernière émission « Soleil vert » des Amis de la Terre Drôme à laquelle j’ai participé et qui portait précisément sur le nucléaire…

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A propos Yann Louvel

Citoyen du monde
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