Hervé Mariton s’active enfin sur les paradis fiscaux… pour les défendre !

Un petit point sur l’évasion fiscale avant les vacances, après les 4 derniers mois assez exceptionnels sur le sujet, il faut le dire.

En commençant par le local et notre demi-député demi-maire. Je parlais hier de son humour noir sur le nucléaire, mais c’est sans conteste dans le domaine de la fiscalité qu’il s’est fait le plus remarquer ces derniers temps, se préparant une grande carrière de guignol pour sa future reconversion, après sa vie politique.

J’ai en effet bien fait d’interpeller Hervé Mariton sur son inaction sur les paradis fiscaux dans ma tribune au Crestois en avril dernier, car il a tenté de se racheter depuis. Je dénonçais dans ce texte son absence dans l’hémicycle lors du vote de l’amendement imposant la transparence aux banques françaises sur leur implantation dans les paradis fiscaux à travers le monde. Une première avancée dans le domaine acquise en début d’année par quelques parlementaires, avec le soutien et la pression des ONG de la plate-forme paradis fiscaux et judiciaires.

Eh bien Hervé Mariton a rattrappé le temps perdu puisqu’il a profité du passage en 2ème lecture du projet de loi de séparation et de régulation des activités bancaires pour déposer et défendre un amendement visant… à supprimer ledit amendement !  C’était en commission des finances le 29 mai dernier, et la lecture du compte-rendu de cette séance est très instructive.

Quand on lit l’amendement déposé, le paragraphe introductif d’Hervé Mariton au débat en commission est à se tordre de rire. L’amendement ne « doit pas être mal interprété » et il ne s’agirait que d’un problème de coordination au niveau européen selon lui… Ce dont il n’est pas question dans l’amendement, qui est suffisamment caricatural et hallucinant pour n’avoir pu être écrit que par le lobby bancaire, la FBF (Fédération Bancaire Française). Il rend toutefois le plus bel hommage possible au travail des ONG « aux positions peu responsables » et « aux théories anti-mondialistes »!-D

Ses collègues socialistes et écologistes ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Comme Pascal Cherfi, député PS, qui ironise:

« Aujourd’hui, la main sur le cœur, vous jurez être d’accord sur le principe, mais souhaitez quand même supprimer l’article 4 bis, au motif que l’on ne sait pas encore comment s’appliquera la directive. »

ou encore Eric Alauzet, député EELV, plus direct :

« Si la transparence semble inéluctable à nos collègues de l’opposition, ils n’en veulent pas moins la retarder autant que possible. On croirait vous entendre implorer : « S’il vous plaît, encore une minute, monsieur le bourreau ! »

Ou enfin Nicolas Sansu, un autre député PS :

« Il est réconfortant de constater que, sur des sujets importants, le clivage gauche-droite existe bel et bien dans notre pays. « Ce n’est pas parce que certains marchent dans le caniveau qu’il ne faut pas marcher sur le trottoir », disait ma grand-mère. De la même manière, ce n’est pas parce que certains trichent que notre pays doit continuer d’accepter les tricheries ! Si la France est pionnière, il faut s’en réjouir. Chers collègues de l’opposition, vous étiez contre la transparence en première lecture. Vous semblez aujourd’hui avoir été convertis, mais vous n’êtes toujours que croyants, pas pratiquants !».

Après un tel débat, Hervé Mariton aura finalement la décence de retirer son amendement, après avoir bien amusé la galerie. Avec cet amendement, Hervé Mariton s’est par la même occasion couvert de ridicule, et décrédibilisé d’un coup d’un seul. Prôner des coupes dans les budgets publics sans évoquer la fraude fiscale pouvait malheureusement paraître normal il y a un an. Aujourd’hui, c’est passer pour un fou à lier, ou un guignol, donc !

Car quelle évolution spectaculaire depuis très exactement un an, lorsque je m’exaspérais du silence des médias français sur ce scandale permanent des 60 à 80 milliards d’euros qui manquent chaque année au budget de l’Etat à cause du comportement des plus riches particuliers et entreprises de notre pays. Le contraste avec la situation actuelle est saisissant, où il ne se passe plus une journée sans nouvelle révélation sur ce sujet, où les enquêtes aussi bien journalistiques que judiciaires se multiplient, aussi bien en France qu’à l’étranger, partout dans le monde, et font apparaître leurs premiers résultats. L’évasion fiscale fait la une des médias et a diffusé dans la conscience collective. Tout s’est bien évidemment accéléré ici en France avec l’affaire Cahuzac et l’opération Offshore Leaks en avril, mais tout ne fait en fait que commencer étant donné la longueur de ce type d’enquêtes… et des processus politiques qui pourraient aboutir à de réels résultats!

Près de 4 mois après le déclenchement de l’affaire Cahuzac, on attend toujours les noms des autres politiques qui ont eux aussi eu ou ont un compte à l’étranger non déclaré… On nous annonce une liste de 15 noms de ministres, anciens ministres et parlementaires, entre autres très nombreuses listes… Et en attendant c’est la loi des suspects car personne ne peut croire une seule seconde que Jérôme Cahuzac était un cas unique! Et après notre classe politique se demande ce qui peut bien éloigner les Français de ses représentants et comment expliquer leur dégoût de cette politique eheheh! Les scandales à venir permettront toutefois de s’assurer que le sujet ne tombera pas dans les oubliettes des médias. Il reste encore près de 150 000 évadés fiscaux  en qui on peut avoir confiance pour garder la flamme de la mobilisation intacte!-)

Pour celles et ceux qui suivent de loin ces événements, je ne peux que vous conseiller de regarder le dernier magazine « Cash investigation » de France 2, qui est passé pour la première fois en prime time début juin avec pour thématique centrale cette évasion fiscale. Il a réuni plus de 3,5 millions de téléspectateurs, avec des scènes qui resteront dans les annales. Il est visionnable ci-dessous :

Dans le débat en plateau qui a suivi l’émission, le journaliste Christian Chavagneux citait les quelques parlementaires qui étaient à la pointe du combat contre les paradis fiscaux, mais prévenait également que d’autres refuseraient de s’engager dans cette bataille politique et soutiendrait les intérêts des grandes entreprises et des personnes à revenus très élevés. Hervé Mariton vient de prouver qu’il faisait bien partie de cette seconde catégorie.

Ses propres électeurs peuvent se sentir trahis, eux qui l’ont élu sur le premier mot d’ordre de « protéger les finances publiques de la France » et qui le voit défendre les banques au lieu de défendre l’approvisionnement du budget de l’Etat. Le contraste avec le volontarisme des élus anglais et américains dépeint dans Cash investigation, quelque soit leur parti, qui passent sur le grill les dirigeants de leurs multinationales sur ces questions fiscales, est saisissant. S’il le voulait, Hervé Mariton pourrait lui aussi utiliser ses fonctions pour être à la tête du combat contre les paradis fiscaux. Il pourrait être aussi actif qu’il l’a été contre le mariage pour tous, multipliant les interventions sur le sujet et harcelant le gouvernement sur cette question. Celui-ci lui offre d’ailleurs un boulevard en étant loin de mettre en œuvre toutes les mesures nécessaires pour contrer l’évasion fiscale. Mais non, il préfère faire le guignol en s’attaquant à une des seules avancées récentes de la lutte contre les paradis fiscaux ! Et rejoint donc le camp des « élus qui font honte à la République », pour reprendre l’expression de Julien Bayou.

Car comme le fait Cash investigation, il faut toujours, encore et encore, rappeler que derrière ces milliards d’euros de perdus au budget de l’Etat, ce ne sont pas de montants abstraits dont il s’agit mais de salles de classe, de services d’hôpitaux, de moyens pour la justice, d’aide aux plus défavorisés… toutes ces choses pour lesquelles on nous explique aujourd’hui que les caisses sont vides alors que notre pays n’a jamais été aussi riche… et aussi inégalitaire !

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A propos Yann Louvel

Citoyen du monde
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Un commentaire pour Hervé Mariton s’active enfin sur les paradis fiscaux… pour les défendre !

  1. guillaume dit :

    Merci ! Merci et merci !

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