Les Argentins affectés par les gaz de schiste de Total nous rendent visite vendredi soir à Pierrelatte!

J’en parlais en octobre dernier à l’occasion de la dernière journée internationale « Global Frackdown », la mobilisation contre les gaz de schiste est désormais mondiale. Et c’est notamment en Argentine qu’elle est la plus intense comme j’en parlais aussi en septembre, après une des premières répressions locales lors d’une manifestation à Neuquen, qui avait tournée à l’affrontement.

Eh bien ma collègue des Amis de la Terre France Juliette Renaud, qui suit de près les activités de Total à travers le monde ces dernières années, comme les sables bitumineux au Canada ou à Madagascar dans le cadre de sa campagne sur les industries extractives, s’est cette fois justement rendue sur place récemment pour aller voir comment se passaient les premiers forages d’exploration de Total de gaz de schiste en Argentine. Et elle n’a pas été déçue du voyage. Elle en a même fait un film!

Après « No Gazaran » il y a quelques semaines, sort sur quelques écrans en France ces semaines ci le documentaire « Terres de schiste« , y compris dans notre région! Et en plus avec la visite d’honneur de deux représentants des communautés affectées en Argentine qui témoigneront après la projection de la situation là-bas lors d’un débat organisé par le collectif Touche pas à mon schiste. Tout ça juste après leur participation à l’AG de Total le jour même et avant une tournée européenne! Diego et Carolina, dont vous pouvez trouver une description ci-dessous, pourront nous en dire plus sur ce que notre gouvernement laisse faire là-bas alors qu’il l’interdit pour le moment ici… Le gouvernement français a en effet abrogé le permis de Montélimar, qui concernait une partie de notre vallée et avait initialement été accordé à Total, mais il ne fait rien quand cette même entreprise va faire la même chose à l’autre bout du monde, dans l’hémisphère sud. Et qui plus est dans une aire naturelle protégée, pourquoi se gêner? Un peu comme si ici les premières explorations avaient lieu dans le PNR du Vercors! Après la visite de Josh Fox en septembre dernier en Ardèche, soutenons les Argentins dans leur résistance face à Total et leur opposition à leur gouvernement. Et demandons à notre propre gouvernement d’adopter la proposition de loi déposée en novembre dernier par des députés reconnaissant la responsabilité des maisons-mères sur leurs filiales partout dans le monde, et de prendre des actions concrètes pour sortir de notre dépendance aux énergies fossiles dans la future loi sur la transition énergétique!

Ca se passe donc ce vendredi 16 mai à 19h au cinéma de Pierrelatte, et c’est à ne pas manquer! Au plaisir de vous y voir!

Plus avec la bande-annonce ci-dessous et le flyer ici. Et pour tout savoir sur la campagne en cours avec le rapport qui vient d’être publié ce matin sur le sujet, c’est par ici! Et pour que ce beau travail puisse continuer, c’est par là!-)

Teaser Terres de schiste from Les Amis de la Terre on Vimeo.

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Le documentaire Terres de schiste témoigne de la nouvelle ruée vers les gaz et huiles de schiste de l’Argentine à la France.

France, 2011 : suite à la mobilisation citoyenne, une loi est votée, interdisant la fracturation hydraulique sur le territoire français, avec notamment pour conséquence l’abrogation du permis dit de Montélimar, qui avait initialement été accordé à Total. Mais rien n’empêche cette entreprise d’aller exploiter les gaz et huiles de schiste ailleurs, en Europe et dans le monde.

Second opérateur de gaz en Argentine, Total acquiert avant toutes les autres grandes multinationales du secteur, des permis de gaz non conventionnels dans la province de Neuquén en Patagonie, y compris au sein d’une aire naturelle protégée. Le bassin de Vaca Muerta, qui s’étend sur 30 000 km² devient vite le nouvel eldorado des compagnies pétrolières telles que Chevron, YPF, Shell, Apache : l’Argentine serait le troisième pays mondial en terme de réserves potentiellement exploitables de gaz et pétrole de schiste.

Accaparement de terres, répression… les populations, notamment les communautés Mapuche et les petits paysans, qui souffrent déjà des impacts de décennies d’exploitation conventionnelle de pétrole et gaz se retrouvent piégées par la compagnie nationalisée et les majors étrangères. Le gouvernement a donné son accord sans les consulter. La résistance commence.

Plus d’informations : www.terresdeschiste.fr

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Argentine : paradis pour les gaz et huiles de schiste, enfer pour les populations

Montreuil, 13 mai 2014 Alors qu’en France le débat sur les gaz et huiles de schiste n’est toujours pas complètement clos, l’exploitation de ces ressources fossiles non conventionnelles s’accélère dans le reste du monde, notamment en Argentine. Ce pays est en effet devenu le nouvel eldorado des multinationales pétrolières, à commencer par Total qui détient 11 permis, jusque dans une aire naturelle protégée [1]. Les Amis de la Terre France, Pays-Bas et Europe, et l’Observatorio Petrolero Sur publient aujourd’hui un nouveau rapport « Repousser les limites – la ruée vers les gaz et huiles de schiste en Patagonie argentine » [2], et deux représentants argentins sont présents cette semaine à Paris pour demander des comptes à Total lors de son assemblée générale d’actionnaires [3]. L’occasion aussi d’interpeller le gouvernement français et lui demander de réformer d’urgence le cadre légal qui permet aux multinationales d’agir en toute impunité.

La Patagonie argentine, connue pour la beauté de ses paysages et ses étendues sauvages, est devenue la nouvelle proie des multinationales pétrolières, qui se disputent le nouveau « joyau » de l’industrie : la formation de Vaca Muerta, qui couvre 30 000 km2, et contient d’immenses réserves potentiellement exploitables d’hydrocarbures non conventionnels, au deuxième rang mondial pour le gaz et quatrième pour le pétrole. Total, présent en Argentine depuis 1978, et deuxième opérateur de gaz du pays, a acquis des permis dès 2010, avant toutes les autres compagnies. Aucune limite ne semble être valable pour ses ambitions puisque la compagnie a même commencé à forer dans une aire naturelle protégée.

Carolina Garcia, ingénieure en ressources naturelles et en environnement travaillant sur cette aire, et membre de la « Multisectorielle contre le fracking », témoigne des impacts dans sa province de Neuquén : « Nous nous sommes opposés à l’octroi du permis de Total sur l’aire protégée Auca Mahuida, mais le gouvernement provincial est passé outre notre avis technique. Le puits Pampa las Yeguas et les infrastructures qui y sont liées menacent cette réserve de biodiversité, notamment des espèces telles que le nandou choique, le condor, le guanaco ou le chat andin… Au-delà de cette aire, nous sommes mobilisés avec de nombreux habitants et communautés de la province, mais l’unique réponse des autorités est la répression et le déploiement d’une campagne de propagande pour soutenir l’industrie pétrolière ».

Les populations locales sont difficilement dupes et peinent à croire en les promesses de progrès qu’est supposé apporter ce nouveau boom des gaz et huiles de schiste. En effet, après un siècle d’exploitation conventionnelle de gaz et pétrole, de nombreuses communautés souffrent déjà des lourds impacts sociaux et environnementaux de cette industrie, et les inégalités sociales et la pauvreté laissent plutôt apparaître une « malédiction des matières premières ».

Selon Diego di Risio de l’Observatorio Petrolero Sur, co-auteur du rapport : « Les compagnies pétrolières avancent à grande vitesse, sans que les populations locales n’aient jamais été consultées ni même informées. Le développement des hydrocarbures non conventionnels a lieu sur les terres de communautés mapuche et de petits paysans, entrant en concurrence avec l’élevage de petit bétail. Les entreprises agissent en toute impunité car il y a une absence totale de contrôle de la part des gouvernements national et provincial, qui, au contraire, ont déroulé le tapis rouge pour attirer ces nouveaux investissements ! ».

Ainsi, suite à un décret national et à des réformes légales au niveau provincial, de larges bénéfices ont été octroyés aux entreprises pétrolières : allongement de la durée des concessions à 35 ans, exemption d’impôts, augmentation du prix de vente du gaz, liquidation des devises à l’étranger, suppression des consultations publiques, etc. Par ailleurs, si l’entreprise YPF a été re-nationalisée au nom de la souveraineté énergétique, l’objectif principal est en réalité aussi le développement des gaz et huiles de schiste, et, malgré un lourd passif environnemental, l’expropriation de Repsol a finalement donné lieu à une indemnisation de 5 milliards de dollars.

Juliette Renaud, chargée de campagne aux Amis de la Terre France conclut : « L’exploitation des hydrocarbures non conventionnels en Argentine illustre tristement le double standard qui existe selon que les multinationales françaises agissent en France ou dans un pays du Sud. La loi française interdit le recours à la fracturation hydraulique au nom de la protection de la santé des populations et de l’environnement, mais le gouvernement français n’a rien fait pour freiner le développement de gaz et huiles de schiste en dehors de nos frontières. Il doit agir immédiatement, en reconnaissant d’une part la responsabilité légale des maisons-mères des multinationales sur les activités de leurs filiales et sous-traitants [4], et d’autre part en prenant des actions concrètes pour sortir de notre dépendance aux énergies fossiles ».

Les Amis de la Terre, l’Observatorio Petrolero Sur et la Multisectorielle contre le fracking à Neuquén demandent à Total, et autres compagnies pétrolières telles que Chevron ou Shell, d’abandonner immédiatement leurs projets de gaz et huiles de schiste en Argentine et ailleurs dans le monde.

Contacts presse :

·        Caroline Prak, Les Amis de la Terre France : 06 86 41 53 43 / 09 72 43 92 65 caroline.prak@amisdelaterre.org

Notes :

(1)    Au travers de ses concessions couvrant 5 300 km2, Total contrôle 6 % du territoire de la province de Neuquén, alors que les aires naturelles protégées n’occupent que 2 % de ce territoire.

(2)    Le rapport « Repousser les limites – la ruée vers les gaz et huiles de schiste en Patagonie argentine » est disponible ici : https://www.dropbox.com/s/8252n7kvqc1sv7p/Repousser%20les%20limites%20-%20GdS%20Argentine%20-%20mr.pdf.

Il a été rédigé suite à des missions terrain et un travail d’investigation réalisée par l’Observatorio Petrolero Sur et les Amis de la Terre France. La synthèse publiée aujourd’hui contient une étude de cas sur Total, et le rapport complet, incluant des études de cas sur Chevron et Shell sera publié la semaine suivante.

Les Amis de la Terre France ont aussi produit un documentaire, Terres de schiste, qui sera présenté ce soir au Reflet Médicis. Pour plus d’informations : www.terresdeschiste.fr

(3)    L’assemblée générale des actionnaires de Total aura lieu ce vendredi 16 mai 2014 à Paris. Les représentants argentins se rendront ensuite aux Pays-Bas (siège de Shell), en République Tchèque, Hongrie et Pologne, puis en Espagne.

(4)    Une proposition de loi a été déposée par des députés en novembre 2013, mais n’a toujours pas été traitée : http://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion1524.asp. Un soutien concret du gouvernement reste attendu, notamment suite aux déclarations de Laurent Fabius à l’Assemblée nationale le 6 mai : http://youtu.be/aEDqFl1U1sc

Carolina Garcia – Ingénieure en Ressources naturelles et environnement, master sur les Aires naturelles protégées.
Experte travaillant à la Direction des aires naturelles protégées de la province de Neuquén, en Patagonie, Carolina Garcia pourra apporter son expérience particulière de confrontation aux entreprises pétrolières sur l’aire protégée d’Auca Mahuida, dans laquelle se trouve un permis de gaz de schiste de Total.
Tout comme ses autres collègues experts et techniciens travaillant sur cette aire, elle s’était opposée à l’octroi de ce permis et à l’utilisation de la fracturation hydraulique.
Elle est aussi membre de la Multisectorielle contre le fracking, réseau qui rassemble les militants et communautés mobilisés dans cette province de Patagonie, et membre du syndicat ATE (Association des Travailleurs de l’Etat).

Diego di Risio, de l’Observatorio Petrolero Sur, politologue, un des rédacteurs du rapport. Partenaire des Amis de la Terre et membre d’Oilwatch international, l’Observatorio Petrolero Sur est une organisation argentine qui, au travers d’un travail de terrain et d’activités de formation et de diffusion, apporte un accompagnement aux communautés affectées qui résistent à l’expansion pétrolière et gazière, et contribue à leur articulation au niveau régional et national. Diego pourra apporter son analyse et expertise sur la reconfiguration de la politique énergétique argentine, le rôle des multinationales et du gouvernement argentin.

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A propos Yann Louvel

Citoyen du monde
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