Nouvelle victoire : Après Alpha Coal et la Société Générale, tout Galilée et toutes les banques françaises!

C’est la bonne nouvelle de la semaine, et c’est pas toutes les semaines comme ça, alors savourons-là : après le retrait de la Société Générale du projet de mine de charbon d’Alpha Coal en Australie en décembre dernier, ce sont les 3 principales banques françaises actives à l’international, la Société Générale mais aussi BNP Paribas et le Crédit Agricole, qui se sont engagées à ne pas financer TOUS les projets du bassin minier de Galilée en Australie! Pas seulement Alpha Coal donc mais aussi les 8 autres projets miniers de la région, à commencer par le plus avancé d’entre eux, Carmichael, deux fois plus gros qu’Alpha Coal.

C’est une très bonne nouvelle car le bassin charbonnier de Galilée, dans l’Etat du Queensland, au nord-est de l’Australie, représente rien de moins que la deuxième bombe climatique du globe : il s’agit en effet de la deuxième plus grande zone d’expansion possible des énergies fossiles au monde qui libérerait le plus de CO2 dans l’atmosphère si elle était exploitée, presqu’autant que l’Allemagne chaque année excusez du peu, juste derrière… le charbon en Chine! C’est ce que révélait un rapport de Greenpeace il y a quelques années, qui identifiait les 14 principales bombes climatiques de la planète, comme les sables bitumineux canadiens ou le pétrole en Arctique, plus connus que le charbon de Galilée, comme on peut le voir sur la carte ci-dessous.

Carbon bombs

Pourquoi les banques françaises ont-elles pris cette décision? Tout simplement sous la pression de la société civile qui le leur a demandé expressément, les menaçant d’une campagne internationale d’une coalition d’ONG parmi lesquelles les Amis de la Terre en France mais aussi plusieurs dizaines d’autres en Australie et à travers le monde si elles n’obtempéraient pas. Les banques françaises savent en effet que leur réputation est en jeu, particulièrement cette année avec l’organisation de la Conférence Paris Climat 2015 en fin d’année. Elles ont donc préféré prendre une telle décision plutôt que d’être la cible des ONG dans les semaines et mois à venir concernant ces projets dans lesquels elles auraient pu être impliquées (c’était le cas pour la Société Générale dans Alpha Coal jussqu’à son retrait en décembre dernier) car elles sont en effet très actives en Australie. Elles ne sont malgré tout pas débarrassées des ONG puisque les Amis de la Terre en ont profité pour lancer un nouveau site Internet, « Je change de banque« , où les clients peuvent interpeller leur banque et lui demander de s’engager à arrêter tous ses financements à l’industrie du charbon d’ici la COP,  ou sinon ce sont eux qui la quitteront! La mobilisation va donc aller crescendo d’ici là…

En plus de la question climatique, c’est le fait que tout ce charbon du bassin de Galilée soit destiné à l’exportation vers l’Asie et doive donc passer sur des tankers sur la Grande Barrière de corail,  déjà bien mal en point, qui attire autant l’attention des ONG et des médias internationaux sur ces projets. Et les banques françaises ne sont pas les premières banques à plier puisque de nombreuses autres se sont déjà engagées à ne pas financer l’extension du port charbonnier d’Abbot Point : Deutsche Bank en Allemagne, HSBC, RBS et Barclays au Royaume-Uni, et Citi, Morgan Stanley, JPMorgan Chase et Goldman Sachs aux Etats-Unis! Mais les banques françaises sont les premières à aller plus loin et à renoncer à tout projet du bassin de Galilée, pas juste l’extension d’Abbot Point. Ce qui fait tout de même la moitié des banques internationales les plus impliquées dans l’industrie du charbon à avoir renoncé à Abbot Point comme le montre la liste ci-dessous!

MF1C’est en effet la Deutsche Bank la première qui avait fait l’expérience de la mobilisation des ONG il y a un an, avec notamment une pétition en ligne signée par près de 200 000 allemands, une pleine page de « pub » dans le Financial Times, et une mobilisation devant et à l’intérieur de leur Assemblée Générale l’an dernier qui les avait amené à renoncer à l’extension d’Abbot Point, avant que les autres banques comprennent le message et lui emboitent le pas.

Si les ONG s’intéressent de plus en plus aux banques, c’est que ces dernières représentent de plus en plus le dernier moyen de bloquer certains projets, quand il n’y a plus rien à faire au niveau des gouvernements locaux et nationaux. Ce qui est précisément le cas du gouvernement australien, qui réussit à être pire que le gouvernement Harper au Canada (qui aurait cru que se soit possible?), quasiment climato-sceptique, comme je l’évoquais rapidement l’an dernier. Le premier ministre australien Tony Abbot a déclaré pas plus tard qu’en octobre dernier : « Le charbon est bon pour l’humanité« , pour donner un aperçu de la chose.

Cette décision des banques françaises n’est en tout cas pas passée inaperçu avec notamment un excellent article dans le Monde, une enquête plus fouillée de l’Observatoire des Multinationales, une dépêche AFP, et d’autres articles dans la Croix, Novethic ou Politis. Mais aussi en Australie avec des dizaines d’articles et de reportages sur le sujet dans les médias nationaux. Et elle nous vaut pas mal de félicitations et remerciements des ONG et citoyens australiens comme ceux ci-dessous!-)

350GPAPJe parlais il y a deux ans dans une tribune de la « bataille mondiale engagée entre les vieilles énergies fossiles et fissiles centralisées contrôlées par les multinationales, et les énergies renouvelables décentralisées et détenues localement.  » Nous sommes en plein dedans. Voir des ONG et citoyennes de tous horizons se mobiliser à travers le monde pour bloquer les financements de projets fossiles géants à l’autre bout de la planète qui nous menacent tous et toutes collectivement est on ne peut plus excitant. Certaines de ces batailles sont déjà ou sont en train de devenir emblématiques mondialement comme les sables bitumineux au Canada, l’oléoduc Keystone aux Etats-Unis, le pétrole en Arctique, et donc désormais le bassin charbonnier de Galilée en Australie, mais il y en a plein de plus petites absolument partout, comme celles contre le gaz de schiste.

La bataille est mondiale et se fait déjà durement ressentir dans certains pays : nos partenaires russes d’Ecodefense avec qui nous avons lutté (avec succès!) contre l’implication de la Société Générale dans le projet nucléaire de Kaliningrad, ont perdu leur droit d’exercer librement car accusés d’être des « agents étrangers » par le gouvernement de Vladimir Poutine ; le gouvernement indien de Narendra Modi, en visite officielle en France ces jours-ci, vient de geler les comptes bancaires de Greenpeace en Inde qui s’oppose à ses projets de mines de charbon et de centrales nucléaires à travers le pays ; et pour en revenir à l’Australie, le gouvernement de Tony Abbott vient de décider de remettre en cause les exonérations d’impôts contre dons faits aux ONG pour les fragiliser financièrement, ce qui affecte particulièrement les Amis de la Terre Australie ; pour ne citer que ces quelques exemples parmi tant d’autres…

On a donc pas fini d’entendre parler de ces batailles dans les prochaines décennies dont l’issue globale déterminera beaucoup de choses… Avec une pression populaire toujours plus forte, comme le prouve la mobilisation climat du week-end : 25 000 perosnnes à Québec et des milliers d’autres partout au Canada contre les sables bitumineux! A la prochaine victoire!

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A propos Yann Louvel

Citoyen du monde
Cet article a été publié dans Banques, Finance, Le Monde, Les Amis de la Terre, Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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